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Claire Amaouche

Les multiples visages de l'Inde

Writer: Claire Amaouche
Claire Amaouche
Apr 4
3 min read

Inde. Voyage de désorientation, d’incompréhension, de grandeur et de fascination. Un pays dont l’empreinte ne se révèle sans doute qu’après coup. Je n’ai pas eu pour l’Inde le coup de foudre dont parlent certains. Sur le moment, j’étais trop occupée à me frayer un passage dans ses méandres et ses constantes métamorphoses.


Ce qui me revient aujourd’hui, c’est une torpeur. Les heures passées dans les trains bondés, du Kerala vers l’Assam. Ou à l’arrière d’un petit camion, le vent chaud, l’odeur de terre et d’essence, la poussière collant à la peau. Le corps est lasse, souvent, et les yeux fatigués. Mais l’esprit reste en veille. Je lutte contre le sommeil dans les bus, absorbant sans relâche ce déferlement de couleurs et de formes nouvelles. Quand je m’impatiente, on me rit au nez. Pourquoi vouloir prévoir. On finira bien par arriver quelque part.


Source: personal archives, 2019.
Source: personal archives, 2019.

Le voyage commence au Kerala. Rizières humides, collines vertes, plages de pêcheurs. L’air est si lourd que même avec deux ventilateurs et en ouvrant les fenêtres, je ne peux le chasser.


Je traîne mon sac quelques jours autour du port de Kochi. Je hèle des rickshaws et me laisse porter d’un endroit à un autre, en gardant tout de même un oeil sur la route. Les journées glissent entre rizières bien connues des voyageurs et routes bordées de restaurants et de boutiques qu’on trouve partout ailleurs. Un matin, pénibles négociations avec un chauffeur de bus qui refuse de me laisser monter. Une femme seule n’a rien à faire là, dit-il. Je m’insurge jusqu’à obtenir gain de cause. Dès le lendemain, essayant de me fondre davantage dans le décors, j’achète une tunique et un pantalon large que je vois souvent les femmes porter.


La région est réputée pour sa diversité culturelle. Parait-il qu’ici les religions cohabitent mieux qu’ailleurs. Maisons coloniales côtoient temples et mosquées. Traces mêlées de temps ancestraux, des passages portugais, néerlandais et britanniques, et d’une longue histoire de commerce et d’échanges.

Au fil du voyage, les paysages changent, les langues aussi. Il faut sans cesse s’ajuster, et apprivoiser ces nouvelles saveurs. Je réalise qu’on ne peut comprendre cette diversité qu’en la traversant. Sans cesse à courir après la foule et le temps, je me demande pourtant quand viendra le repos.


Source: personal archives, 2019.
Source: personal archives, 2019.

Je remonte vers le nord, de train en train, entre chèvres et dormeurs, jusqu’à Guwahati, en Assam. Je loge chez la sœur d’une vague connaissance. Elle me prête sa chambre et m’emmène partout à l’arrière de son scooter. Peu à peu, cette ville d’abord opaque et mystérieuse s’ouvre à moi. Nous arpentons les rues, entre ruelles et marchés, en arrêtant pour manger dans les échoppes de bord de route. Un soir, elle m’emmène me faire percer le nez chez un bijoutier du quartier. Au fond d’une ruelle, dans l’arrière-salle d’une petite boutique, des hommes assis en tailleur travaillent le métal sur de petits établis posés à même le sol. On me fait asseoir et, en me sommant de rester immobile, un vieil homme m’enfonce une tige dans la narine à l’aide d’une grosse paire de tenailles. Derrière la vitre, un petit attroupement de badauds amusés s’est formé. Plus tard, alors que nous buvons un thé dans sa chambre, elle me montre sa collection de boucles d’oreilles et m’en offre une paire.


Le lendemain, après avoir fait mes adieux et laissé derrière moi une boite de chocolats, je pars vers le Meghalaya, près de la frontière du Bangladesh. En route, je prends en stop deux jeunes Israéliens tout juste sortis du service militaire. Je repense aujourd’hui à leurs récits de l’armée avec beaucoup d’amertume. Nous les déposons à un croisement et je regarde leurs silhouettes élancées disparaître dans le rétroviseur.


En fin de journée, alors que le chauffeur me dépose devant mon auberge, je remarque une dizaine de motos alignées dans la cour. Dans la salle à manger, le groupe de motard m’observe discrètement par-dessus leurs bols de soupe. Ils seront repartis sur la route dès le lendemain. Et ce soir là, à peine allongée sur mon matelas humide et mes affaires déposées au pied du lit, je sombre dans le sommeil.


Au matin, on me conduira à l’entrée de sentiers qui s’enfoncent dans la jungle. Et pour la première fois depuis longtemps, l’air semblera presque vide.


À suivre…


Source: personal archives, 2019.
Source: personal archives, 2019.

 
 
 
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